Les accords de partenariat économique (APE) : un danger pour les pays ACP ?

Nul ne peut vivre en autarcie. Seulement, chaque Etat a le droit de choisir avec qui et comment échanger. Cette leçon semble avoir été bien assimilée par les pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique). Ce qui justifierait certainement la réticence de nombres d’entre eux à parachever le processus commercial qui les liera à l’Union Européenne.

Les Accords de Partenariat Economique (APE), sont un ensemble de textes régissant les rapports qui devraient gouverner les échanges économiques (marchandises, services, investissements), entre les pays de l’Union Européenne et ceux de l’ACP. Ces accords parlent surtout d’une levée d’imposition réciproque pour l’entrée des produits dans l’une et l’autre des régions partenaires. Ces accords mettent également en bonne place le volet de l’aide au développement des pays ACP. Ainsi il est prévu des soutiens financiers dans les domaines tels que l’agriculture, le développement industriel, la démocratie et les droits de l’homme. De manière précise ces accords parlent de :

-          l’interdiction de l’augmentation ou de la création de droits de douanes à l’importation ;

-          l’interdiction de quotas d’importation ou d’exportation ;

-          la suppression progressive des subventions à l’exportation des produits agricoles issus de l’Union européenne ;

-          l’interdiction les pratiques commerciales déloyales ;

-          la permission de mise en place de mesures de sauvegarde multilatérales temporaires.

Cela implique que les Etats doivent ouvrir grandement les barrières douanières pour encaisser les produits des pays européens. Certes, la réciprocité est garantie, mais il s’agit d’un système où les pays pauvres vont devenir des « dépotoirs » et subir le commerce international sans jamais pouvoir en être des acteurs. En effet, les pays pauvres n’ont pas de véritables industries. Donc, seront incapable d’équilibrer la balance commerciale lorsque les déficits vont être criards. Même les quelques grandes plantations et industries qui exportent à partir des pays ACP, sont très souvent la propriété de ces européens. Il ne s’agira pour eux que d’un rapatriement de devises et de richesses.

Autre difficulté, la plupart des pays ACP ne disposent pas de système de contrôle efficace. Ce sera donc une invasion vers les marchés de ces pays pauvres, de produits dont la qualité ne sera pas toujours avérée. Il faudra aussi compter avec la corruption et le clientélisme ambiants pour favoriser cet état de chose.

Toutefois, il faut reconnaître que ces accords, dans leur mécanisme d’adoption permettent aux Etats ACP de garder la main. En fait, il y a deux niveaux de ratifications : les APE intérimaires et les APE complets. Le premier porte essentiellement sur les échanges de marchandises, tandis que le second, plus ouvert, s’étend aux services et aux investissements. Mis à part les Caraïbes, aucun autre pays n’a signé les accords complets. Les APE intérimaires permettent aux autres Etats d’observer à quoi va ressembler la suite de l’histoire. Or jusqu’ici, ils ne semblent pas très motivés à continuer. On en veut pour preuve, la Gambie qui a interdit l’importation des poulets congelés. Mesure qui prendra effet au mois de septembre 2013. On peut également évoquer le Cameroun qui a décidé d’estampiller certains produits pour éviter les fraudes et limiter l’entrée des mauvais produits sur le territoire.

A ce jour, les pays de la zone CEMAC ont jusqu’à 2021 pour se décider à signer les accords complets. D’ici là, ils auront le temps de préserver leurs intérêts pour sortir gagnant dans l’affaire. Pendant ce temps, il faut dire que même les pays européens à travers leur parlement, sont entrain de remettre en cause certaines dispositions de ces accords. Crise financière et restructuration économique oblige. Dans tous les cas si les pays ACP ne font pas attention en mettant des garde-fous, ils sacrifieront encore plusieurs décennies de leur développement.

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